La longue queue
Il y a un meme qui tourne sur Internet, et sur lequel nous devons nous pencher. C'est le marché du long tail. Il a beaucoup d'implications.
Ecrit par FrAn
le Dimanche 13 Mars 2005, 21:06
dans "Actualités"
Lu 2290 fois.
Article précédent - Répondre à cet article - Article suivant
Commentaires
Long tail et software ?
Fix - le 13-03-05 à 23:24 - #
Le long tail, c'est la possibilité de vendre (de façon rentable, grâce à une organisation click and mortar comme par ex. celle de Amazon) des articles bien identifiés, même s'ils ne se vendent qu'une fois. Bnoopy parle des millions d' "applications maison" existantes dans des millions d'entreprises (il cite l'exemple des applis bricolées avec Excel + logiciel de mail).
- Sont ce vraiment des articles individuels ?
- Si c'étaient des articles, seraient ils destinés à la vente ?
- Quel serait le coût d'une mise en vente (description fonctionnelle - description marketing pour différencier des "concurrents" - minimum de garantie de qualité - manuel d'utilisation)
- Quel serait le coût pour classer (un minimum) ces articles dans un catalogue, enrichir la recherche catalogue par des tags, des mots clefs ...
Je ne comprends pas bien non plus dans l'article de Bnoopy, en quoi le passage des "applis maison" en "applis serveur" avec JotSpot relève du long tail. Certes, une appli serveur a des qualités de maintenance, de stabilité, de cohérence, qu'on ne peut trouver dans une appli desktop (qu'elle soit "fait maison" ou fabriquée par une entreprise géante ne change rien à ces défauts intrinsèques d'une appli desktop. Voir l'article remarquable de Paul Graham, - oui, l'auteur de Hackers and Painters -, sur les avantages des applis serveur). Mais en quoi des modules JotSpot relèveraient ils du long tail ?Chaque fabricant de software a normalement un catalogue d'applis développées par des partenaires (qui sont parfois ses clients). Ce catalogue est le plus souvent une simple liste, et n'a pas les capacités de documentation / recherche qui font l'attrait de Amazon pour le end user. Ni non plus les fonctions de traitement de la vente, de traitement du paiement, etc. On peut imaginer qu'Amazon (et ses suiveurs), pour étendre leurs activités, proposent à des entreprises comme JotSpot, (ou même à des clients de JotSpot ayant développé ou paramétrisé des modules), de vendre sur Amazon. Cela relève de la "classique" extension horizontale des activités d'un e-merchant.
S'il y avait un effet long tail, ce serait chez l'éditeur Jotspot, à condition qu'il prenne en charge la distribution et peut être la commercialisation /paiement de modules. Pourquoi "peut-être" ? Parce que le end-user peut utiliser des plate-formes de livraison /déverrouillage / paiement indépendantes (cf. par ex. Kagi qui a commencé par le shareware, avant d'élargir à d'autres domaines). L'effet long tail chez JotSpot serait le suivant : même s'il ne vend qu'un exemplaire d'un module externe, même si la marge brute est faible, cela pourrait accroître le profit. A condition évidemment que l'on considère comme amortis tous les investissements dans la plate-forme commerciale, et que les frais de catalogage / documentation soient déjà défalqués de la marge brute.
Le deuxième article que tu cites (celui de Ted Leung,) est plus concis. A partir de la stratégie corps de base + extensions, qui est bénéfique à la fois pour l'éditeur de soft, les utilisateurs, les développeurs (voir excellent post de Ludovic Dubost, et cet article), il peut effectivement y avoir un effet "long tail" pour des extensions bien caractérisées, documentées, cataloguées, distribuées. N'est ce pas le cas pour les extensions Firefox ? Il existe aussi des répertoires de bookmarklets, comme celui-ci. Des listes d'applications développées avec les API Amazon. Etc.
Mais suffit-il d'avoir des listes (et du téléchargement) pour parler de long tail ? Le fait d'avoir un service ou un produit unique qui n'aurait potentiellement qu'un client, relève t-il d'une démarche long tail ?
Le long tail, je suis d'accord avec François Granger, est certainement une piste créative à explorer par l'ouvre-boîte. Nous tous, pourrions poster quelques articles. A vos claviers ! Puis on ferait, si cela "prend", faire une réunion thématique "long tail". Après les réunions métier (RH, la première), les réunions transversales ?
Répondre à ce commentaire
← Re: Long tail et Software ?
Ludovic Dubost - le 14-03-05 à 10:00 - #
J'aime beaucoup cette analyse car en effet, il existe déjà ce marché du long-tail dans le software. C'est celui des logiciels gratuits, des sharewares, des applis PHP, des applis Excel. Je ne crois pas que bnoopy dise que celui-ci n'existe pas.
Par contre ce marché est encore sous-exploité car le système n'est pas optimal. On peut mieux adresser ce marché. Il s'agit non seulement de permettre de déployer et vendre facilement des petites applications (ce qui est le cas) mais aussi en plus de:
- faire cela pour les applications collaboratives
- permettre de modifier facilement les applications en question
- permettre d'en développer soi-même
Evidemment, aussi bien chez JotSpot que chez XWiki, ces objectifs ne sont pas encore réalisés, et on peut très bien argumenter que cela ne sera pas possible...Pour moi l'architecture actuelle de JotSpot est d'ailleurs bien plus orientée sur l'utilisation (ce qui est bien) que sur la facilité de développement. Pour le moment le développement en XML ne me semble pas une approche accessible pour les utilisateurs.
D'autre part, JotSpot concourt pour maîtriser l'ensemble du processus.. Il faudra être client JotSpot pour rentrer sur la place de marché. L'utilisation de l'application sera contrainte par la plateforme JotSpot... C'est là que l'approche open-source pour la plateforme de base servant à construire et utiliser les applications me semble un point clé. Dans le cas d'XWiki, je vois bien XWiki.com comme étant un des services privilégiés d'utilisation des applications, et comme fournissant une place de marché de distribution des applications. Mais d'autre part, si les utilisateurs veulent déployer leurs propres serveurs pour utiliser les applications ils doivent pouvoir le faire en toute liberté, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui dans le cas de JotSpot (uniquement en appliance et en payant).
Ludovic
Répondre à ce commentaire
← Re: Re: Long tail et Software ?
Fix - le 14-03-05 à 12:10 - #
Je savais :-) :-) que tu viendrais répondre. Es tu venu par le trackback sur ton billet, ou en surveillant le RSS de l'ouvre-boîte ?
Je ne suis pas vraiment convaincu par l'application du concept de long tail (tel que présenté dans l'aricle inaugural paru chez Wired) au software, telle que présentée par bnoppy. Sauf si cela veut dire qu'il y a un marché pour de très nombreuses "petites" applis dirigées vers de très nombreuses niches de besoin. Y a t-il besoin d'utiliser le concept de long tail pour décrire cette réalité ? Usage ... marketing de mots marketing qui "pètent" ?
Ça prend tout son sel quand on sait que "bnoopy" c'est Joe Kraus, fondateur de Jotspot (et auparavant co-fondateur de Excite). J'avais trouvé ça en googlant. Sur le site Jotspot, il faut aller sur le blog de la société (accessible depuis la page d'accueil) pour trouver des traces de bnoopy = Kraus. Dans les liens du blogroll, et dans un post "Is jotspot an open company".
Le blog de Jotspot parle abondamment de "open". Open company, open source ... ce qui parfois peut être agaçant pour Ludovic, qui a un software vraiment open source.
Et le long tail ? Jusqu'ici dans le fil de discussion, il a servi à évoquer les directions stratégiques prises par les entreprises citées. Ces directions sont bien expliquées. Mais en quoi sont-elles long tail ? Je pense que l'expression long tail a été utilisé pour décrire ceci : des stratégies et pratiques pour pouvoir atteindre le plus petit besoin de niche du plus petit consommateur. Ce qui suppose, pour des environnements de développement / utilisation, de devoir beaucoup déléguer à des clients ou partenaires pour développer ou paramétrer, commercialiser (en réservant cependant un potentiel de place de marché pour Xwiki, de fournisseur ASP pour Jotspot), etc. Ce qui à son tour justifie l'orientation Open Souce prise par XWiki. Ludovic, ai je correctement dévidé la pelote du raisonnement ?
Répondre à ce commentaire
← Re: Re: Re: Long tail et Software ?
Ludovic Dubost - le 14-03-05 à 12:26 - #
Je surveille le RSS !! Je suis un lecteur assidu de l'ouvre-boîte et j'aimerais pouvoir y participer plus, mais la j'ai des grosses priorités pour XWiki..
Il est clair que l'usage du long tail par Joe Kraus est surtout marketing.. L'internet aime bien les "concepts" (on fait le même coup avec les logiciels sociaux) qui sont facile à faire circuler.. L'objectif est de faire passer le message:
"le long tail c'est gagnant", "Jot c'est du long tail", "donc Jot c'est bien"..
Au passage on ignorera allègrement les spécificités du business du software, la capacité à Jot de s'imposer en tant que standard, etc etc..
Jot utilise en effet allègrement le terme "open", car Joe Kraus a bien compris que dans le logiciel les standards et l'ouverture sont devenus une préoccupation importante des consommateurs, à travers en particulier les leaders d'opinion. Il est vrai que parfois cela fait un peu Canada Dry de la vrai ouverture.. Et que je te file le
softservice gratuit si tu es Open-Source, et que j'écris "open" partout sur mon site. En pratique quand on regarde avec la loupe, on verra que le nerf de la guerre n'est pas open. En l'occurence ici le nerf de la guerre c'est la plateforme !! Elle DOIT être open. Une règle de base de l'informatique devrait être: "on ne base pas son futur sur une brique qui n'est pas: soit ouverte, soit remplaçable".Pour ta définition de l'usage du "long tail", oui il faut en effet voir cette définition d'une façon plus large que l'article original.. On est dans le domaine de l'analogie.. On peut dire que chaque marché "long tail" a ses spécificités:
'des stratégies et pratiques pour pouvoir atteindre le plus petit besoin de niche du plus petit consommateur'
il faut ajouter:
'à moindre coût et qui toutes ensemble representent un marché énorme jusque la inexploité ou sous-exploité'
Répondre à ce commentaire
DIY
stephane-lee - le 14-03-05 à 13:46 - #
Le Long Tail dans l'informatique, c'est ce que d'autres appellent DIY (Do I.T. Yourself).
Le DIY se marrie bien avec les éditeurs de plates-formes. Par plate-forme, j'entends logiciel standard (pour le mass market) + API (pour les besoins spécifiques).
Salesforce.com est le leader de ce domaine, avec une appli bien pensée, mais surtout des APis riches qui permettent l'éclosion d'un écosystème (cf cet article d'Hermanus).
Une autre traduction du Long Tail est le Marketing de la Demande (par opposition au traditionnel Marketing de l'Offre). Cf Influenceurs + Demandeurs.
J'en profites pour dire à Ludovic qu'il faut qu'il explique d'urgence son modèle de programmation d'XWiki.
PS : Si tu veux que je trouve des usages pour toi, il faut que je sache comment bidouiller...
Répondre à ce commentaire
← Re: DIY => l'ouvre-boîte est en plein dans le mille.
Fix - le 14-03-05 à 15:17 - #
Pour trouver des "DIY" il faut utiliser le search du site de Doc Searl. Et on tombe par ex. sur DIY Prophesies (prophecies ?) où il y a des perles :
Et dans les commentaires :
What's changed? Rather a lot in practice. Instead of the complex aray of channels and timings that we're used to, we have just two things - A pile of programmes, and you. You decide what to watch, when to watch it, how you watch it, and yes, even when to take a leak... A DIY television channel, in short.
Do people like it? You bet.
Now VOD is actually a pretty closed system. It has a lot less restrictions than the traditional model, but you use a proprietry box to access it, and if whoever programmed it didn't think you might want to do something, you can't. It's still very "look, but don't touch."
If the current trend to separate the data- and presentation- layers of the Internet continues, and it's hard to imagine what could stop it, then it's possible to see a time when the currently ubiquitous browser may not be the the universal, or even the majority, way of accessing the Internet. How about a DIY presentation layer? Imagine an end to waiting for a site's ads to download, just so you can view the little bit of content that's squeezed between all the corporate messages? Or a newspaper that's custom published for you, but which also includes moving pictures, or articles that explain themselves if you don't understand first time around?
I know it sounds a bit Harry Potter, but the technology is already within our grasp. All it needs is putting together, and that's already happening. My only concern is whether we end up with a "Microsoft Content Explorer", and stay locked in to a highly interested party's view of how we should do things (with a concomitant revenue generation model built in), or go for the heady freedom that is being an invisible and uninvolved bystander, able to consider something from a number of angles, without the self-censorship of "a message from our sponsors", and all that comes with it.
DIY isn't just an IT thing, it's a natural side effect of personal empowerment. In fact it may be the essential precursor to personal empowerment.
If there's a conceptual problem here, it has to be that of an equitable way to pay for it, rather than merely how to do it.
Pfff... ce n'était qu'une des pages du site de Doc Searls. Comme dit plus haut, le temps de lire c'est un problème :-) Et le de rédiger pour le blog, donc ...
En tout cas, merci Stéphane. Tout ceci renforce ma conviction (et la vôtre ?) que nous sommes dans le mille.
Répondre à ce commentaire
Lien croisé
Anonyme - le 29-04-05 à 15:28 - #
BlogMarks.net : Last public marks with tag blogmarks.net : "L'ouvre-boîte - La longue queueQuelques réflexions intéressantes sur blogmarks dans les commentaires.by znarf [blogmarks.net] "
Répondre à ce commentaire